28 octobre 2026

Aurigny, l'île anglo-normande où les nazis ont séquestré et tué prisonniers et juifs

 

L'île Alderney = Aurigny

"L'occupation des îles Anglo-Normandes renvoie à la période de l'histoire où les îles Anglo-Normandes sont militairement occupées par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui fait d'elles les seuls territoires des îles Britanniques à avoir été envahis par la Wehrmacht. Cette occupation couvre la période allant du 30 juin 1940 à la libération, le 9 mai 1945. (...) Le 15 juin 1940, le gouvernement britannique décide que les îles Anglo-Normandes n'ont pas d'importance stratégique et ne seraient pas défendues. Londres estime alors que la défense des îles mobiliserait plusieurs dizaines de milliers de soldats anglais qui, obligés d'y stationner, ne seraient pas sur d'autres fronts plus stratégiques. Ainsi, et en dépit de la réticence du Premier ministre Winston Churchill, le gouvernement britannique abandonne la plus ancienne Dépendance de la Couronne.
Le gouvernement britannique décide alors que la meilleure politique est de mettre autant de navires que possible à la disposition des habitants qui ont ainsi la possibilité de partir s'ils le désirent. Les autorités d'Aurigny recommandent à tous ses habitants d'évacuer, et presque tous le font.
Alors que l'armée allemande se prépare à une opération d'invasion avec deux bataillons, le pilote d'un avion de reconnaissance qui s'est posé à Guernesey reçoit la reddition officielle de l'île, le 30 juin 1940. Jersey se rend le 1er juillet. Aurigny, où il ne reste presque plus personne, est occupée le lendemain. (...) Les forces allemandes consolident rapidement leurs positions. L'infanterie s'y installe, des réseaux de communication sont créés, ainsi qu'une défense antiaérienne. Un service aérien est créé entre les îles et la France occupée.

Les Allemands construisent, sur l'île d'Aurigny, quatre camps de concentration qui dépendent du camp principal de Neuengamme, en Allemagne. Les quatre camps — le camp Norderney situé à Saye, le camp Borkum à Platte Saline, le camp Sylt situé près de l'ancienne tour télégraphique à La Foulère et le camp Heligoland dans l'extrémité nord-ouest d'Aurigny — reçoivent le nom d'une des Îles de la Frise : Norderney, Borkum, Sylt et Heligoland. L'Organisation Todt opère dans chaque camp en ayant recours au travail forcé pour construire des bunkers, des abris anti-aériens et diverses fortifications.
Les camps Borkum et Heligoland sont des camps de travail pour « volontaires » (Hilfswillige)[Note 2] et les travailleurs de ces camps sont traités durement mais bien mieux que ceux des deux autres camps. Le camp Borkum était constitué de travailleurs d'Allemagne et d'autres pays européens et le camp Heligoland était constitué de travailleurs de Russie recrutés par l'Organisation Todt. Le camp Norderney reçoit des prisonniers européens (principalement de l'Europe de l'Est et de Russie mais aussi d'Espagne). Le camp Sylt reçoit des prisonniers juifs. En 1943, les camps Norderney et Sylt, regroupant les prisonniers européens et juifs, sont placés sous l'autorité du Hauptsturmführer SS Max List. Plus de 700 prisonniers sont morts et les survivants sont transférés dans d'autres camps en Allemagne en 1944."
https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_des_%C3%AEles_Anglo-Normandes

"Une partie des détenus sont juifs, majoritairement « conjoints d'aryennes » désignés comme les « demi-juifs de Drancy ». Plus de 700 des 6 000 prisonniers perdent la vie avant que les camps ne soient fermés et les résidents restant transférés en Allemagne en 1944. D'autres détenus sont des « Espagnols Rouges » (Rote Spanier), réfugiés politiques de la guerre d'Espagne, internés dans des camps du littoral languedocien et livrés par les autorités de Vichy aux nazis après l'occupation de la zone sud de la France, ainsi que des officiers soviétiques « politiques » capturés et voués à la mort en raison de l'ordre d'Hitler concernant les commissaires politiques et les troupes de commandos."
Les Allemands d'Aurigny se rendent le 16 mai 1945, huit jours après la capitulation de l'Allemagne nazie et le suicide d'Adolf Hitler. 2 332 prisonniers de guerre allemands sont capturés à Aurigny le 20 mai 1945, les autres, au nombre de 500, serviront les Américains pour les seconder dans les opérations militaires. 
Deux anciens SS du camp de concentration de Norderney sur l'île d'Aurigny, Adam Adler et Heinrich Evers, ont été jugés en France en 1949 pour leurs crimes."

https://fr.wikipedia.org/wiki/Aurigny

2024 - Dans «l’enfer d’Aurigny», cette île anglo-normande qui a hébergé des camps nazis. Planté dans la Manche, au large du Cotentin, Aurigny est un roc de quelques kilomètres carrés où l’histoire affleure à chaque pas. Celle de l’antique mésentente cordiale, d’abord. Car Aurigny l’anglo-normande est en fait Alderney, l’une des «Channel islands» de Sa Majesté Charles III. Et l’on ne rejoint cette île, située à 12 km des côtes françaises, qu’après un long voyage.Ici, sur cette terre large de 2,5 km et longue de 5, se trouvent les vestiges des seuls camps nazis établis sur le sol britannique pendant l’occupation allemande des îles anglo-normandes de 1940 à 1945. Des lieux de souffrance et de mort…"
https://www.lefigaro.fr/actualite-france/a-aurigny-les-camps-nazis-sortent-de-l-oubli-20240103

2020 - "Un camp de concentration nazi redécouvert dans les Îles Anglo-Normandes
L'existence même du site reste un sujet tabou sur l'île. La technologie LIDAR a permis de cartographier les fondations du site, révélant les traitements inhumains imposés aux prisonniers.
Aujourd'hui, l'ancien camp de concentration de Sylt n'est plus qu'un lopin de terre encerclé par les falaises d'Aurigny, une dépendance de la Couronne britannique qui fait partie des îles Anglo-Normandes. Mais il y a seulement 77 ans se dressait là un camp nazi où régnaient la terreur, la souffrance et la mort.

A la fin de la Seconde guerre mondiale, le Lager (camp) de Sylt et d'autres petits camps allemands situés à Aurigny ont été démantelés pour lentement se fondre dans le paysage. Une équipe d'archéologues britanniques a pu reconstituer le Lager Sylt et étudier son évolution pendant la courte mais violente période du second conflit mondial. Leurs recherches ont été publiées dans la revue Antiquity. Caroline Sturdy Colls, archéologue spécialisée dans les sites de l'Holocauste et auteure principale de l'étude, affirme que les preuves des crimes commis à Lager Sylt ont été « enterrées physiquement et métaphoriquement ».
Caroline Sturdy Colls et ses confrères ont voulu, par le biais de l'archéologie médico-légale, mettre en lumière ce pan de l'histoire mondiale. Ils ont commencé à étudier le Lager Sylt en 2010, réunissant des preuves provenant de documents d'archives, des photographies aériennes d'époque et de nouvelles techniques de relevés non invasifs (le LiDAR notamment)."

"Après la capitulation du régime de Vichy en juin 1940, le gouvernement britannique dut se rendre à l'évidence : il était trop difficile de défendre les territoires autonomes des îles Anglo-Normandes, archipel situé entre la France et l'Angleterre. Alors que de nombreux civils restèrent sur Jersey et Guernesey, les deux plus grandes îles anglo-normandes, presque tous les résidents d'Aurigny furent évacués. Les Allemands ne rencontrèrent donc aucune résistance lorsqu'ils arrivèrent sur l'île en juillet 1940.

Sous l'occupation, les îles Anglo-Normandes devinrent une partie du système de défense côtière du « mur de l'Atlantique » nazi qui s'étendait le long de la bordure ouest de l'Europe. Pour construire les fortifications d'Aurigny, le groupe d'ingénieurs nazis Organisation Todt établit plusieurs camps de travaux forcés et de camps d'esclaves sur l'île. La plupart des prisonniers qui se trouvaient dans les camps étaient originaires d'Ukraine, de Pologne, de Russie et d'autres territoires soviétiques, mais il y avait également un important contingent de Juifs français. En mars 1943, le Lager Sylt - déjà connu comme le camp de travail le plus redouté d'Aurigny - est devenu un camp de concentration dirigé par l'« unité du chef de la mort » des paramilitaires SS."

"Les enquêteurs ont cartographié ce qu'il restait de Lager Sylt et compilé des témoignages des violences dont il avait été le théâtre. Ils ont notamment découvert que lorsqu'un prisonnier décédait au Lager Sylt, le médecin en chef n'avait le plus souvent pas le droit de voir le corps et devait signer des certificats de décès pré-imprimés, sur lesquels la cause du décès était soit une « mauvaise circulation », soit une « insuffisance cardiaque ». Dans un cimetière de l'île, les enquêteurs ont mis au jour un cercueil avec un double-fond.

D'autres témoignages de détenus recueillis durant les décennies qui ont suivi ont permis de documenter les traitements inhumains infligés aux détenus de Lager Sylt. Francisco Font, un républicain espagnol et travailleur forcé dans l'un des autres camps d'Aurigny, se rappelle avoir vu un « homme pendu » à l'entrée principale du camp. « Sur sa poitrine, il y avait une pancarte sur laquelle était écrit : "pour avoir volé du pain" », détaille-t-il dans un témoignage conservé au département des archives de Jersey. « Son corps est resté pendu comme ça pendant quatre jours. »

Les nazis avaient pour habitude de très peu nourrir leurs prisonniers. Mais dans le cas du Lager Sylt, parce que la mer agitée empêchait les livraisons régulières aux îles anglo-normandes, même ce strict minimum venait rapidement à manquer, explique l'historien Paul Sanders. Parce que les livraisons étaient rares et que de nombreux officiers SS étaient corrompus, « encore moins de nourriture a été acheminée vers les prisonniers [du Lager Sylt] que dans d'autres parties de l'Europe occupée », explique Sanders, qui est l'auteur de The British Channel Islands Under German Occupation 1940-1945."

"Dans cette nouvelle étude, Caroline Sturdy Colls et son équipe ont mis au jour des preuves physiques des conditions de détention en vigueur à Sylt. Ils ont cartographié les espaces communs sur la base des témoignages : chaque prisonnier n'aurait au mieux eu que 1,4 m² d'espace pour se mouvoir.""À l'aide d'images aériennes d'époque, les chercheurs ont également pu établir la façon dont le Lager Sylt s'était considérablement étendu lorsqu'il est passé d'un camp de travail à un camp de concentration en 1943."

"L'un des rares éléments physiques du camp encore visibles est la porte principale. Elle est aujourd'hui marquée d'une petite plaque, placée lors d'une cérémonie en 2008 à la demande d'anciens prisonniers."


https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/03/un-camp-de-concentration-nazi-redecouvert-dans-les-iles-anglo-normandes