04 novembre 2025

Christian Nègre : le haut-fonctionnaire du Ministère de la Culture droguait les jeunes femmes lors d'entretiens d'embauche sans suite

 


Enquête 

Au ministère de la Culture, les entretiens pervers d’un haut fonctionnaire

"Pendant presque dix ans, un ancien responsable RH de la Rue de Valois a administré à des candidates des diurétiques avant de les isoler jusqu’à ce qu’elles urinent devant lui. Il consignait ses «expériences» dans un fichier Excel. Finalement attrapé pour avoir photographié les jambes d’une sous-préfète, il a été mis en examen fin octobre."
"Claire (1) est l'une des dizaines de femmes ayant passé un entretien d'embauche au ministère de la Culture avec Christian N., haut fonctionnaire du ministère de la Culture. Comme toutes celles qui ont subi ses agissements et que Libération a retrouvées, une question la hante : «Comment a-t-il pu faire autant de victimes, sans jamais être découvert ?» Dans cette affaire, les chiffres donnent le vertige. Entre 2009 et 2018, plus de 200 femmes - selon une liste qu'il a rédigée lui-même - ont été photographiées et/ou intoxiquées aux diurétiques, à leur insu, au ministère de la Culture puis à la direction régionale des affaires culturelles (Drac) de la région Grand Est. Elles l'ont toutes été par l'ancien sous-directeur des politiques de ressources humaines au siège du ministère, situé rue de Valois, à Paris. Son but : les pousser à perdre le contrôle et à uriner devant lui."

"L’affaire éclate le 15 juin 2018 à la Drac Grand Est, où Christian N. est en poste depuis plus de deux ans. Lors d’une réunion avec le préfet et une sous-préfète de Moselle, il photographie discrètement les jambes de cette dernière sous la table, comme il l’a déjà fait des centaines de fois avec d’autres femmes. Un collègue le prend sur le vif et le dénonce à sa hiérarchie. Sur la base de l’article 40 du code pénal, qui oblige un fonctionnaire à dénoncer au procureur de la République un acte pénalement répréhensible dont il aurait connaissance, la justice est saisie. Christian N. n’est pas n’importe qui. Il est alors directeur régional adjoint de la Drac, après une longue carrière au siège du ministère, et un passage à la Direction générale de l’administration et de la fonction publique. Entre 2013 et 2015, il a même siégé au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes."
"En octobre 2018, Christian N. a été suspendu de la fonction publique avant d'en être révoqué trois mois plus tard, en janvier 2019, date à laquelle une enquête a été ouverte par le parquet de Paris."

https://www.liberation.fr/france/2019/11/07/au-ministere-de-la-culture-les-entretiens-pervers-d-un-haut-fonctionnaire_1762196/

"Selon nos informations, l’enquête de police a identifié 207 femmes victimes de Christian Nègre, un ancien haut cadre du ministère de la Culture. À ce jour, une centaine de personnes se sont déjà constituées parties civiles. Cinq ans après la révélation des premiers faits, l'enquête judiciaire reste en cours. « Certaines victimes n’ont pas encore toutes été entendues », glisse une source judiciaire."
https://www.marianne.net/societe/police-et-justice/soumission-chimique-ce-fonctionnaire-qui-aimait-voir-des-femmes-uriner-a-fait-plus-de-200-victimes

Le Furosémide, outil d'intoxication des victimes

"Elle a rencontré lors d'un entretien d'embauche l’ex-directeur adjoint de la Drac Grand Est à #Strasbourg et comme des dizaines de femmes, elle aurait avalé un diurétique l'obligeant à uriner devant lui. Sophie témoigne sur les agissements de cet homme mis en examen notamment pour agression sexuelle."

Contactée sur le réseau social #Linkedin par Christian Nègre, Sophie se rend à son entretien d’embauche à la Drac Grand Est à Strasbourg, dans le bureau du directeur adjoint. L’homme propose à la trentenaire, comme aux autres victimes auparavant, une boisson chaude servie dans un gobelet en plastique. Un thé, en l’occurrence, dans lequel a été administré du Furosémide, un puissant diurétique. L’entrevue est interminable : quatre heures, montre en main. Et s’étale sur plusieurs endroits à Strasbourg : après le bureau de Christian Nègre, direction le grand air pour une balade sur les quais de l’Ill, pour finir au Palais du Rhin, à la Drac.

Pendant l’entretien, la jeune femme ressent une envie pressante. Mais impossible d’aller aux toilettes, malgré ses demandes. Une fois, deux fois. Toujours non. "Christian Nègre lui a répondu qu’ils étaient bientôt arrivés à la Drac", détaille Maître Langlois. L’attente devient insoutenable. Et aucun café ni restaurant sur le chemin pour se servir de leurs WC. Le dispositif est bien rôdé.J’avais des sueurs froides et j’avais vraiment peur d’uriner devant lui dans ce bâtiment du ministère de la Culture. J’ai demandé où étaient les toilettes et il m’a dit qu’il fallait tout d’abord que l’on dépose nos affaires dans son bureau, ce que nous avons fait."
Continuant à "lutter" pour ne pas tomber dans les pommes, la trentenaire se voit indiquer par Christian Nègre la direction des toilettes privées de son bureau. "Je m’y suis rendue, tout en sachant qu’il pouvait m’entendre mais à ce stade, j’étais surtout contente d’avoir pu éviter le pire. Quelques minutes plus tard, Christian Nègre a mis fin à l’entretien dans son bureau. Je n’ai pas compris pourquoi j’avais dû aller dans ses toilettes plutôt que celles de la Drac. Les pervers sont partout, même au sein de l’État. 
Il travaillait sur trois grands sites de la Drac dans le Grand Est. Strasbourg, #Metz (Lorraine) et Châlons-en-Champagne (#Marne). L’objectif, c’est que de potentielles victimes puissent se manifester et prouver qu’elle n’a pas été la seule à avoir subi ces actes graves."
Une adresse mail a d'ailleurs été mise en place pour les femmes susceptibles d'avoir été agressées par Christian Nègre témoignent : victimes.cn@osana-avocats.com.
https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/strasbourg-il-intoxiquait-des-femmes-pour-les-faire-uriner-et-les-humilier-une-victime-temoigne-1573776176
"Christian Nègre est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire car il lui est notamment reproché d'avoir photographié et/ou intoxiqué aux diurétiques plus de 200 femmes à leur insu, et ce pendant près de dix ans. L'affaire avait été révélée en 2019 par le Canard Enchaîné
(Nouvelle fenêtre). Fin octobre de la même année, Christian Nègre est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. La Fondation des Femmes rappelle accompagner 30 des plus de 200 femmes qui accusent l'ancien haut fonctionnaire. La Fondation explique que l'information judiciaire, ouverte en octobre 2019, "n'a toujours pas abouti près de six ans plus tard" et ce "malgré la cosaisine de deux juges d'instruction et le renfort d'assistantes administratives".

https://www.franceinfo.fr/societe/violences-faites-aux-femmes/affaire-christian-negre-la-fondation-des-femmes-denonce-l-extreme-lenteur-de-la-justice_7367057.html

"Par arrêté de la ministre de la culture en date du 10 octobre 2018, l'emploi de directeur régional adjoint des affaires culturelles de la région Grand Est occupé par M. Christian Nègre, administrateur civil hors classe, lui est retiré dans l'intérêt du service."
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000037491699

"En attendant un procès au pénal, certaines victimes ont engagé des démarches au tribunal administratif pour faire reconnaître la responsabilité de l'État dans cette affaire.
Christian Nègre a lui été radié de la fonction publique en janvier 2019. Il exerce aujourd'hui dans le privé, nous indiquent plusieurs victimes, qui ont trouvé un compte Linkedin que l'homme aurait ouvert sous un anagramme de son nom, et sur lequel il poste de nombreux CV, exclusivement de femmes en recherche d'emploi.
"Il y a trois mois, il est allé visiter un tribunal des prud'hommes avec des étudiantes en Master 1. C'est un prédateur et on le laisse réseauter en attendant son procès", s'insurge Sylvie. "J'ai envie de pleurer parce que des jeunes femmes y sont en photo avec lui. Elles ont l'âge que j'avais quand il m'a agressée", confie Judith."
"Que ce soit avant ou après la découverte de leur statut de victime, nombre de ces femmes disent être tombées dans la dépression, ou du moins ressassent très régulièrement les faits. La députée Sandrine Josso souligne les effets des substances administrées aux victimes à leur insu: "Elles ne savent parfois pas ce qu'il s'est passé et ces substances ont différents effets sur le cerveau. Il y a une sidération psychologique, mais aussi une sidération chimique. Ça complexifie encore plus le stress post-traumatique."
"Au printemps 2011, l'alternance de la jeune femme aux ressources humaines du ministère de la Culture arrive à son terme. Le directeur de son service, Christian Nègre, programme alors un entretien afin de "faire le point sur ses missions et son expérience". "Il me reçoit dans son bureau et me propose un thé ou un café", se remémore Alizée. Très vite, il m'a servi un café que j'ai bu sans me poser plus de questions", explique-t-elle. Comme elle, dans cette affaire, c'est autour d'un café ou d'un thé que l'histoire de nombreuses femmes a basculé."
https://fr.news.yahoo.com/oubli%C3%A9es-justice-lattente-insurmontable-pr%C3%A8s-040400900.html

"80 plaintes pour soumissions chimiques : le prof recruté à Caen avait caché ses ennuis judiciaires.
Intervenant durant deux ans pour des cours dans des écoles de commerce de Caen (Calvados) et pour du coaching à la Région Normandie, un homme avait postulé sous un autre nom. Le vrai est en effet associé à une vaste affaire de soumissions chimiques, toujours à l’état d’enquête. Mais le recrutement de l’ancien haut fonctionnaire a surpris les étudiants, durant l’été 2025.

Stupeur au cœur de l’été, pour des étudiantes d’écoles de commerce de Caen (Calvados). À l’occasion d’une communication de la Fondation des femmes sur les lenteurs judiciaires de l’affaire Christian Nègre, différents articles paraissent à nouveau sur l’ancien haut fonctionnaire, soupçonné de plusieurs dizaines de soumissions chimiques envers des femmes. Et une photo de l’ancien directeur des ressources humaines du ministère de la Culture sort sur des sites féministes.
Des élèves de MBway et Ecofac, implantées à Caen et Colombelles, réalisent qu’il s’agit du même intervenant qu’ils ont eu, mais sous le nom de Bernard Genre. Qui, coïncidence, est l’anagramme de Negre."

https://www.ouest-france.fr/education/80-plaintes-pour-soumissions-chimiques-le-prof-recrute-a-caen-avait-cache-ses-ennuis-judiciaires-6019889e-9dfc-11f0-9269-ac82a639081c

"les femmes humiliées par Christian Nègre, ex-haut fonctionnaire de la Culture qui leur aurait administré des diurétiques pour les forcer à uriner, sous couvert d’entretiens professionnels, sont appelées à se manifester “au plus vite” auprès des enquêteurs."