25 mars 2026

Pingfang : la tristement célèbre Unité 731 était un laboratoire de torture extrême en Mandchourie

 


"L’Unité 731 située près de Harbin en Chine employait essentiellement des détenus chinois en tant que cobayes dans le but de tester les limites de la souffrance humaine, ainsi que des armes bactériologiques et chimiques."

"les agissements réels de « l’Administration de fourniture d’eau et de prophylaxie de l’armée du Kwantung* », renommée en 1941 « Unité 731 », constituèrent l’un des secrets les mieux gardés de la guerre.
* Le Kwantung (Kantô en japonais, Guandong en chinois pinyin) est cette péninsule du sud de la Mandchourie que les Japonais arrachèrent aux Russes lors du conflit de 1904-1905. Elle comprend en particulier le grand port militaire de Port-Arthur (aujourd’hui Lüshun). C’est son armée de garnison qui, en 1931, se lança à la conquête de la Mandchourie chinoise.
L’URSS, qui avait occupé Pingfang en 1945, et capturé 580 000 hommes de l’armée du Kwantung, dont une poignée de responsables – de second rang, hélas – de l’Unité 731, révéla une partie de la vérité, en particulier lors d’un procès de douze criminels de guerre nippons, tous engagés dans l’armement bactériologique, qui se tint à Khabarovsk, en #Sibérie frontalière de la Mandchourie, fin décembre 1949
en 1985, un musée-mémorial ouvrit dans ce qui subsiste des bâtiments de l’Unité ;  il constitue aujourd’hui l’un des quatre hauts lieux du souvenir chinois des exactions nippones."

Mise au point et emploi des armes bactériologiques

"L’essentiel des activités de ces « médecins maudits » d’Asie, qui purent après la guerre poursuivre d’honorables carrières, est aujourd’hui bien connu. Sous le contrôle direct de l’armée du Kwantung, le brillant biologiste – et nationaliste extrême – qu’était Ishii Shirô put établir dès fin 1932 un laboratoire d’expérimentation bactériologique, qui entama très vite des expériences d’inoculation du choléra et de la peste sur des « bandits » chinois. Cela se passait au camp-prison Zhong Ma, dans le village (aux habitants préalablement expulsés) de Beiyinhe, non loin de Harbin, cité la plus cosmopolite de Mandchourie."
"Il choisit la bourgade de Pingfang, à 24 kilomètres de Harbin, et obtint, en 1936, les considérables moyens nécessaires à la construction d’un complexe de 3 km2. Celui-ci comprenait une prison, des laboratoires, des ateliers de production d’armes bactériologiques, ainsi qu’un four crématoire. Pour l’ouverture du centre, en 1938, l’ambitieux Ishii fut nommé colonel. Il lui fallait des ressources humaines de première qualité : dès 1936, il avait sous ses ordres un millier d’employés et de chercheurs (dont nombre de jeunes médecins, biologistes, vétérinaires, et chimistes issus des meilleures universités). Cependant, une des faiblesses de l’entreprise fut l’absence de collaboration avec des laboratoires et des personnels civils : l’armée entendait être le seul maître à bord, et imposer la discipline militaire ainsi que le secret aux chercheurs et techniciens."
"deux Unités indépendantes, quoiqu’en rapports étroits avec la 731, furent mises en place à Changchun, au sud de la Mandchourie (Unité 100) et à Nankin (Unité Ei 1644). Ei 1644 disposait en outre d’une chambre à gaz expérimentale pour ses armes chimiques. Les activités des trois Unités principales se lisent comme un mauvais film d’horreur : on travailla sur des souches de typhoïde, de paratyphoïde, de dysenterie, de choléra, mais seuls l’anthrax, le tétanos et surtout la peste furent retenus pour des bombes très spéciales (en céramique ou en porcelaine, pour protéger les précieux germes). Celles-ci furent enfin mises au point en 1943-1944, soit un peu tard dans la guerre pour atteindre une fabrication à échelle industrielle. Cependant, à l’été 1945, trois millions de rats assuraient la nourriture d’un milliard de puces pesteuses."
"Quelques essais de contamination de rivières coulant vers l’URSS au moyen de bacilles du typhus et du choléra avaient eu lieu dès l’été 1939, et les villes chinoises non occupées de Ningbo (été 1940) et de Changde (novembre 1941) subirent l’épandage de puces, avec des résultats limités."
"On essayait sur les malheureux – dont des #femmes et des #enfants – des bombes au cyanure ou à l’anthrax, des poisons, divers gaz…"
"Les doctrines raciales du temps transparaissent dans la répétition de certaines expérimentations sur des prisonniers « blancs » (russes essentiellement), dûment contaminés puis autopsiés : il fallait s’assurer des bactéries les plus virulentes pour chaque couleur de peau."
Les Soviétiques libérèrent tous les accusés de Khabarovsk dès 1956 (Nikita Krouchtchev).
https://journals.openedition.org/temoigner/9383