Les enfants de la Creuse… Parce que des dizaines de petits Réunionnais «abandonnés» ou «orphelins malgré eux» ont d’abord transité par le foyer de Guéret, c’est sous cette appellation qu’est connu le dossier. Lorsqu’il est connu.
Factuels, les chiffres des historiens Yvan Combeau et Sadel Fuma disent pourtant que c’est le Tarn qui en accueillit le plus : 202 contre 197 à la Creuse, 101 au Gers, 71 à l’Hérault et 67 à la Lozère. Mais peu importe. Personne ne se fera gloire de ce palmarès qui, au total, concerna plus de soixante départements de 1963 à 1982.
Car ces 1630 gosses, garçons et filles de tous âges, que la DDASS réunionnaise arracha à leur île vécurent pour la majorité ce déracinement comme un calvaire et certains connurent même l’enfer en passant de la pauvreté matérielle à la misère affective.
Leur histoire ? Elle commence en 1963, lorsque le gaulliste Michel Debré est élu député de la Réunion. Trop d’enfants pauvres dans l’île alors que les campagnes françaises se vident ? Pour l’ancien Premier ministre du général De Gaulle, la solution est simple : ces petits Réunionnais partiront repeupler les départements les plus touchés par l’exode rural. C.Q.F.D.
Sur fond de paternalisme post-colonial prétendant faire le bonheur des gens malgré eux, naît alors le Bureau pour le Développement des Migrations Intéressant les Départements de l’Outre-Mer. Et Michel Debré veille personnellement à ses performances «exportatrices».
https://www.ladepeche.fr/article/2014/02/17/1820235-enfants-voles-republique-page-sombre-histoire.html
"L'affaire des enfants de la Creuse ou des Réunionnais de la Creuse désigne le transfert forcé de plus de deux mille jeunes mineurs de leur île de La Réunion vers la France métropolitaine dans les années 1960 et 1970, transfert auquel ont participé Michel Debré alors député de La Réunion, de nombreuses DDASS (dont celle de La Réunion), la préfecture de La Réunion et le ministère de la Santé. Il s'agit d'un épisode très connu à La Réunion, département et région d'Outre-mer de la France.
De 1962 à 1984, au moins 2 150 enfants réunionnais relevant de l'Aide sociale à l'enfance ont été transférés dans les départements métropolitains sujets à l'exode rural comme notamment la Creuse, le Tarn, la Lozère, les Pyrénées-Orientales, le Gers, dans le cadre de la politique de migration mise en place par le Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d'outre-mer (BUMIDOM).
À La Réunion, avant de s'envoler vers la métropole, les enfants et adolescents qui ont été séparés de leurs parents sont hébergés pour une durée variable dans divers foyers d'Aide Sociale à l'Enfance ou des congrégations religieuses. Ils sont déjà isolés de leurs parents et familles, puis « triés » sur la base de leur âge et de leurs comportements. Dans le quartier de Salazie de l'APEP de Hell-Bourg, quelques-uns se rappellent avoir enduré des maltraitances et des sévices.
Après leur arrivée à Orly, des nourrissons sont cédés à des familles adoptives, les plus grands, souvent noirs ou métis, sont envoyés dans des centres d’accueil, à Guéret (Creuse), à Quézac (Cantal), à Albi (Tarn) ou à Lespignan (Hérault), etc."
Les enfants réunionnais déplacés en Creuse sont accueillis, lors de leur arrivée, dans un foyer de Guéret. « Certains ont été adoptés, d'autres sont restés en foyer ou ont servi de main-d'œuvre gratuite dans les fermes », les paysans à travers la Creuse les utilisant alors comme « bonne à tout faire » ou « travailleur sans salaires ». L'historien Ivan Jablonka parle de cas de « mise en esclavage ».
Déracinés, déculturés, les enfants se retrouvent le plus souvent en échec scolaire. Quelques-uns obtiennent le certificat d’études primaires, entrent en apprentissage, deviennent cuisiniers, boulangers, ouvriers, menuisiers. D'autres finissent garçon de ferme ou femme de ménage. Enfin, certains perçoivent le RMI, d'autres ont été internés dans des institutions psychiatriques.
Des victimes de ce déplacement considèrent qu'elles ont été victimes d'une déportation. Ainsi en 2005, l'association des Réunionnais de la Creuse décide d'assigner l'État français devant le tribunal administratif de la ville de Limoges, afin que la « déportation » dont ont été victimes les 1 630 enfants soit reconnue juridiquement.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Enfants_de_la_Creuse
Michel Debré
Nommé Premier ministre à la suite de l’élection du général de Gaulle à la présidence de la République.
Député de La Réunion dès 1966 jusqu’en 1988, "il a participé au transfert forcé de plus de 2 000 enfants, dans l'affaire des « Enfants de la Creuse »."
"Considérant que la démographie de l'île est une menace pour son développement, Michel Debré organise durant les années 1960 le déplacement de Réunionnais vers la métropole. Il crée pour ce faire le BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer) et le CNARM (Comité national d'accueil et d'actions pour les Réunionnais en mobilité). Dans le même état d'esprit, il fait procéder à partir de 1963 au déplacement forcé vers la Métropole de plus de 1 600 enfants réunionnais (ces déplacements cesseront en 1982) en vue de repeupler certains départements métropolitains en cours de désertification, notamment la Creuse.
Le dossier des « Réunionnais de la Creuse » est médiatisé tardivement, plus de cinq ans après la mort de Michel Debré, lorsque Jean-Jacques Martial, un Réunionnais transféré à l'âge de sept ans en 1966, maltraité et abusé sexuellement par sa famille d'accueil, dépose plainte en 2002 pour « enlèvement et séquestration de mineur, rafle et déportation ».
Le 18 février 2014, l'Assemblée nationale vote une résolution mémorielle qui reconnaît la « responsabilité morale » de l'État français."